11 nov. 2006

Discours 11 novembre 2006


Chers Amis, Chers Concitoyens,

Le onzième jour du onzième mois à la onzième heure les armes se taisaient enfin. C’était en 1918.
A vous tous, réunis ce matin autour du Monument aux Morts de notre ville, je souhaite exprimer combien votre présence atteste une nouvelle fois : du très haut intérêt que les montlouisiens portent à cette cérémonie du souvenir.

Votre attachement patriotique nous encourage à faire vivre la mémoire collective, lui donner un sens fort dans notre société soumise au doute ! Non nous n’oublions pas !
Si le souvenir de la Première guerre mondiale continue à rassembler un grand nombre de citoyennes et de citoyens ; en dépit de la raréfaction des témoins et acteurs de cette guerre, cela prouve combien nous sommes marqués collectivement par cette terrible épreuve subie par notre pays, ainsi que les peuples d’Europe. Le 11 novembre occupe une place à part dans le cœur des Françaises et des Français.

Ce conflit a constitué l’un des terreaux puissants qui fondent une nation dans la profondeur de la douleur puis dans la gloire de la victoire.

Cette guerre fut atroce et ses conséquences meurtrières. L’opinion publique de l’époque était acquise, Jaurès n’était plus là ! Les historiens parlent alors de « consentement patriotique ». Ils font aussi parler les chiffres, en 1914, il n’y a que 1% de déserteurs contre 30% en 1870. Les soldats partaient alors la « fleur au fusil » dans l’enthousiasme : les allemands se voyaient à Paris, les français croyaient prendre Berlin, avec l’idée qu’ils rentreraient chez eux avant les vendanges de 1914.

La réalité fut terrible. Elle sacrifie une génération, 2000 morts par jour. 5,5 millions de victimes côté français dont 1,4 millions de morts et de disparus, et 4,3 millions de blessés.
- 10% de la population active masculine est détruite. Cette saignée s’accompagne également d’un grave déficit de naissances.
- Presque toutes les familles furent touchées, laissant, là un parent, là un ami, un fils, une fille, un père disparaîtrent à jamais

De la générosité, il en fallait pour vivre dans l’enfer des tranchées, dans la boue, sous les bombes, la mitraille de l’ennemie. De la bravoure les Poilus n’en manquait pas. Elle culminait à Verdun, flamboyant et terrible souvenir, les pires horreurs de la guerre. Il y a 90 ans, le 21 février 1916 commençait la Bataille de Verdun. Elle prendra fin le 19 décembre de la même année, par une victoire française, chacun le sait.
Une victoire. Mais à quel prix ? 163.000 soldats y laisseront la vie ; 260.000 seront blessés.

Si cette guerre a participé à la fondation du sentiment national, n’oublions pas qu’elle a aussi contribué à une multitude de souffrances individuelles.
Rappelant le souvenir de ces hommes qui participèrent à ce terrible conflit mondial, n’oublions pas les femmes. Près de la ligne de front, elles soignaient les blessés, les mutilés, les réconfortaient dans des hôpitaux de fortune et dans quelles conditions ! La chirurgie de l’époque n’est pas celle d’aujourd’hui. Ce sont les femmes qui se sont emparées des usines, quittant les champs ou les cultivant à la place des hommes. Leur héroïsme trop longtemps ignoré doit être célébré. Célébré, comme le souvenir des forces d’Outre-Mer, dans ce que l’on appelait à l’époque l’empire français. Nous avons tous entendu le débat suscité autour du film « Indigènes » de Rachid BOUCHAREB sur la participation d’hommes venus des quatre coins de l’ancien Empire colonial pour libérer la France de l’Occupation nazie.

N’oublions pas ces hommes d’Outre-mer qui participèrent aussi à la guerre de 1914-1918. Ils ont été héroïques pour notre pays. Les tirailleurs sénégalais des livres d’histoire de notre jeunesse.

L’on n’en finirait pas de recenser tous les malheurs causés par cette effroyable guerre qui saigna toute l’Europe. Pourtant vingt ans plus tard, on recommençait à s’entretuer, à s’entre-détruire pour cinq trop longues années.

Face à ce monument Aux Morts de toutes les guerres pour la France, inclinons nous avec émotion devant les noms de ceux qui ont donné leur vie pour un monde meilleur, pour lutter contre l’ennemi, pour la liberté. La Nation ne les oublie pas.

Comme nous le savons tous, la « Der des Der » a été suivie de la Seconde guerre mondiale, puis par de multiples conflits dont la liste serait trop longue à énumérer ici. Désormais, la guerre a changé de forme. Les Etats doivent lutter contre un ennemi invisible, le terrorisme.
L’équilibre de la terreur a fait place, après la chute du mur de Berlin, à un monde éclaté, sans gouvernance et sans régulation mondiale, un monde multipolaire dont l’instabilité est largement fondée à ouvrir d’autres conflits. Alors, prenons garde, car s’il est bien une leçon que nous devons retenir du 11 novembre, c’est bien celle de la paix et de la fraternité.
Je voudrais que l’enthousiasme des Poilus soit un exemple pour les hommes de 2007 : partir à la conquête d’une société qui demande plus de justice et de solidarité. Il y a tant de grandeur à nourrir, élever, éduquer, soigner les hommes.

Je remercie les musiciens de l’A.O.C. Musical’Est et son Chef, le Corps des Sapeurs-Pompiers et son major, les corps constitués civiles et militaires, les services municipaux et tous nos amis présents, en particulier les représentants des Anciens Combattants et leur président Alfred DUPONT qui, comme chaque année, nous ont accompagnés et auxquels nous rendons le plus vibrant hommage. Un grand merci à Jeannine DESTOUCHES, conseillère municipale déléguée aux cérémonies protocolaires.

Je vous remercie de votre attention.